Le printemps est une saison courageuse… 

Pendant l’hiver, les graines sont frileusement blotties dans la terre alors que la sève se retire dans les racines des arbres… On ne leur demande rien, on n’en attend rien. Les oiseaux migrent et les plantes se referment sur elles-mêmes, dans leur loge... Le théâtre est clos, les coulisses sont désertes, les projecteurs éteints.

Puis la saison douce…

Et si cette année, la sève et les germes n’avaient pas trouvé la force de pousser la terre, de remonter le bois du tronc? Et si les ceps avaient su le passage glacial et mortel de *la gelée noire*… à quoi aurait ressemblé le printemps? Courageuse éclosion qui quitte sa loge, prend le chemin du rideau rouge de la scène, se laisse battre de vie et éblouir par la lumière, s’ouvre comme le parchemin d’un chef-d’œuvre rejoué chaque année, le même et à chaque fois nouveau pourtant…

Il faut du courage pour laisser éclore ce qui est blotti dans la graine, là, tout au fond… Croire que c’est voulu ainsi et que ce sera assez beau pour être montré… trouver la force de mourir à la graine, au temps blotti de l’attente. Quitter les coulisses, parce que c’est exposée que la graine se révèle, c’est à la vue de tous qu’elle s’ouvre et se montre. 

S’épanouir, en même temps que se découvrir soi-même. 

Les forces peuvent manquer parfois pour oser être ce qui frémit en soi, pour quitter le confort de la graine et partir à la découverte de ce qui est en nous. Le doute assaille… La brise sera-t-elle douce sur la feuille juste éclose ou le gel sera-t-il tapi prêt à mordre ce qui vient juste de s’ouvrir? Est-ce qu’un pied foulera sans voir ou est-ce qu’une main souriante cueillera…  Et le parfum? Et le goût? Et la couleur?

Et l’ombre qui se crée alors, comme attachée à la plante?… Plus la plante grandit et se fortifie, plus l’ombre est grande. L’ombre… lieu de controverse… tout à la fois mousse de douceur sur laquelle se reposer quand la lumière est trop forte et silhouette de ce qui prend trop de place et cache la lumière.

S’épanouir, et laisser la lumière traverser le feuillage jusqu’à en éclairer l’ombre.

Juste là, entre ombre et lumière, comme un souffle chaud de Vie, la Parole essentielle résonne:

*Tu prends soin de la terre, Tu fais tomber la pluie, les récoltes sont abondantes. Ô Dieu, Ta rivière est pleine d’eau, Tu donnes la nourriture aux habitants de la terre. Voici comment Tu prépares les champs:

Tu donnes de l'eau aux sillons, Tu casses les mottes, Tu rends la terre humide de pluie, Tu donnes aux graines la force de pousser.* Ps 65.10-11

Doucement, autour de la graine qui piaffe de devenir, l’écorce se fend, comme le rideau rouge de la Vie et la main de Dieu se tend pour l’ouvrir à Sa lumière…

Le printemps n’a de courage que la force qu’il reçoit de vivre...